Mon fils a cherché un film sur les chaînes gratuites un samedi soir : un texte de 1990 explique pourquoi il n’en trouvera aucun

Le fils zappe, l’ado soupire, rien à se mettre sous la dent sur les chaînes gratuites un samedi soir. Ce n’est pas un hasard de programmation ni un manque d’imagination des chaînes : c’est un texte juridique vieux de plus de trente ans qui verrouille encore, en partie, la grille du samedi soir en France.

À retenir

  • Un texte juridique de 33 ans encore appliqué verrouille la grille de programmation du samedi soir
  • La raison originelle du blocage n’a plus aucun sens à l’ère de Netflix et Prime Video
  • Seuls les films coproduits par les chaînes ou classés art et essai peuvent passer samedi soir

Un décret de 1990 pensé pour sauver les salles de cinéma

Tout part d’un texte publié au tout début des années 1990, à une époque où la fréquentation des salles obscures inquiétait sérieusement la profession. Les règles relatives à la diffusion des œuvres cinématographiques par les chaînes de télévision sont fixées par le décret n° 90-66 du 17 janvier 1990, pris pour l’application de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986. L’objectif était limpide : empêcher que le petit écran ne vide les cinémas les soirs où les Français avaient justement l’habitude de sortir.

Concrètement, ce texte interdisait purement et simplement la diffusion de longs-métrages à des moments précis de la semaine. Depuis le Décret n°90-66 publié en 1990, les chaînes en clair avaient l’interdiction de diffuser des films le mercredi soir, le vendredi soir, le samedi toute la journée et le dimanche avant 20h30. Trois décennies durant, impossible de tomber sur un film au hasard entre le déjeuner du samedi et le dimanche soir sur les grandes chaînes hertziennes. Une génération entière a grandi avec cette évidence sans jamais se demander pourquoi.

La logique derrière ce blocage tenait en une phrase : elle vise à protéger les exploitants de salles de cinéma en poussant le public à se déplacer voir les films en salles le week-end. Un raisonnement qui tenait la route en 1990, quand la télévision hertzienne était le seul concurrent sérieux du grand écran. Le problème, c’est que le paysage audiovisuel a explosé depuis, et que la règle, elle, est restée figée pendant très longtemps.

Pourquoi ce vieux texte tient encore debout aujourd’hui

Le vent a fini par tourner sous la pression des diffuseurs eux-mêmes. Les patrons des chaînes se battaient depuis des années pour que cette loi soit abrogée, pointant du doigt son obsolescence face aux plateformes de streaming qui programment leurs œuvres comme elles l’entendent. Un argument imparable à l’heure où n’importe quel abonné Netflix ou Prime Video lance le film de son choix un mercredi à 22h sans que personne n’y trouve à redire.

Un assouplissement a fini par arriver mi-2020. Le décret assouplit ainsi la grille horaire de programmation des œuvres cinématographiques applicable aux chaînes « non cinéma » : les films peuvent désormais être diffusés les mercredis et vendredis soir et les samedis et dimanches dans la journée. Mercredi, vendredi, dimanche après-midi : ces cases se sont enfin ouvertes. TF1 et M6 ont d’ailleurs sauté sur l’occasion, avec des résultats d’audience honorables sans être renversants.

Mais un verrou a survécu à la réforme, et c’est précisément celui qui frustre le fils du samedi soir. L’interdiction de diffusion a été maintenue le samedi soir à partir de 20h30, sauf pour les films préfinancés par les chaînes. le créneau le plus regardé de la semaine reste, aujourd’hui encore, largement fermé aux blockbusters classiques sur les chaînes en clair. Un choix qui a de quoi surprendre : c’est justement le moment où toute la famille est devant l’écran, et c’est celui-là même que le texte de 1990 continue de protéger en priorité.

Ce qui passe malgré tout ce samedi soir là

La règle n’est pas totalement hermétique, et c’est là que ça devient intéressant. Pour les chaînes non-cinéma, seule reste une restriction le samedi soir à partir de 20h30, au bénéfice des films qu’elles ont coproduits ou préfinancés, et des films d’art et d’essai. En clair, une chaîne peut diffuser un film le samedi soir uniquement si elle a mis la main au portefeuille pour sa production, ou s’il s’agit d’une œuvre estampillée art et essai. Ce qui explique pourquoi le fils tombe parfois sur une comédie française coproduite par la chaîne, jamais sur le dernier film Marvel sorti en salles deux ans plus tôt.

Les chaînes payantes bénéficient d’un régime à part, plus généreux. Pour les chaînes cinéma, cette case du samedi soir peut, en outre, programmer des films ayant réalisé moins de 2 millions d’entrées en salle ou, dans une limite de 15 par an, davantage, ainsi que des films sortis en salle depuis plus de 30 ans. Un vrai casse-tête réglementaire, hérité directement du texte de 1990, qui explique ce sentiment tenace de pénurie sur les chaînes gratuites au moment précis où l’on a le plus envie de s’installer devant un bon film en famille.

Il faut aussi rappeler un détail que beaucoup ignorent : ces jours et horaires interdits ne s’appliquent qu’à la diffusion en direct, jamais au replay. Les opérateurs de VOD et la télévision de rattrapage ne se voient opposer aucun jour interdit. Le fils frustré samedi soir a donc toujours une porte de sortie légale : la même chaîne qui refuse de diffuser un blockbuster en direct le propose parfois librement sur son service de replay, accessible dans la même soirée. Un contournement presque officiel d’une règle que même l’administration reconnaît aujourd’hui dépassée par les usages.

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