« Je pensais que Cyrano restait son plus gros carton » : le film de Depardieu que 9 millions de Français ont vu n’a décroché aucun César

Neuf millions de spectateurs dans les salles obscures, une place de numéro un au box-office national, et zéro statuette aux César. Le film en question ? Astérix et Obélix contre César, sorti en 1999, souvent éclipsé dans les mémoires par Cyrano de Bergerac quand on évoque les grands succès de Gérard Depardieu. Mais les chiffres racontent une tout autre histoire, et elle a de quoi surprendre les nostalgiques du cinéma français des années 90.

À retenir

  • Un film français a surpassé tous les records de cinéma à sa sortie… mais les jurys l’ont complètement ignoré
  • 9 millions de spectateurs versus zéro récompense : comment une comédie peut-elle être un carton et un flop simultanément ?
  • Cyrano n’était pas le plus grand succès de Depardieu : voici celui qui l’a vraiment été

Un carton absolu que tout le monde a oublié

Le pitch semblait pourtant casse-gueule sur le papier : adapter en prises de vues réelles la bande dessinée culte de René Goscinny et Albert Uderzo, avec un budget jamais vu pour l’époque. Avec plus de 210 millions de francs, environ 32 millions d’euros, Astérix et Obélix contre César fut le film français le plus cher de son temps, un record en 1999. Un pari financier énorme, porté par un casting improbable qui mélangeait Christian Clavier, Roberto Benigni et bien sûr Gérard Depardieu, choisi finalement après que Jean Reno ait été pressenti pour jouer Obélix avant que le rôle ne revienne finalement à Depardieu, dont la silhouette correspondait mieux au personnage.

Le pari a payé, et au-delà de toutes les espérances. Le film a attiré plus de 9 millions de spectateurs en France à sa sortie, se hissant en tête du box-office national en 1999. Un score qui place ce péplum gaulois très loin devant la plupart des comédies françaises de l’époque, et qui a même continué de grossir au fil des rediffusions et reprises en salle. Trois mois. C’est à peu près le temps qu’il aura fallu au film pour s’installer durablement comme l’un des plus gros succès populaires de la décennie.

Un seul nommé, aucun vainqueur

Voilà où l’histoire devient croustillante. Malgré cette razzia au box-office, la cérémonie des César a superbement ignoré le film. La seule reconnaissance obtenue reste une nomination technique, sans victoire à la clé : le film a été sélectionné aux César du Cinéma Français en 2000 dans la catégorie meilleur décor pour Jean Rabasse. Une nomination, donc, mais aucune statuette. Zéro César pour un film vu par près de 9 millions de personnes, c’est un contraste qui en dit long sur le fossé entre le succès populaire et la reconnaissance de la profession.

Ce grand écart n’est d’ailleurs pas propre à Depardieu ou à Astérix. Le monde du cinéma français a une longue tradition de bouder ses plus gros triomphes commerciaux, jugés trop « grand public » pour mériter l’attention des jurys. On se souvient que le plus grand succès de l’histoire du cinéma français, Bienvenue chez les Ch’tis, avec 20 millions d’entrées, n’a été nominé qu’une seule fois, dans la catégorie Scénario. Une comédie qui cartonne dans les salles n’a statistiquement presque jamais voix au chapitre lors de la remise des trophées.

Cyrano, le vrai chouchou des César

Et c’est là que la confusion prend tout son sens. Si beaucoup pensent que Cyrano de Bergerac reste le plus gros carton de Depardieu, c’est justement parce que ce film-là a raflé la mise aux César, contrairement à Astérix. Pourtant, en nombre pur d’entrées, Cyrano fait bien pâle figure à côté du gaulois moustachu : le film a comptabilisé 4 732 136 entrées en France, soit presque deux fois moins que le péplum de Claude Zidi.

La différence, c’est que Cyrano de Bergerac a raflé la mise chez les professionnels. Le film obtient dix Césars, une sélection en compétition officielle au Festival de Cannes, un Golden Globe et cinq nominations aux Oscars, dont une pour Gérard Depardieu en tant que meilleur acteur. Cette razzia a fabriqué un souvenir collectif disproportionné par rapport au vrai score en salles. On associe Cyrano au sommet de la carrière de Depardieu parce que la statuette dorée en a fait un totem, pas parce que les Français s’y sont rués en masse. Le nez le plus célèbre du cinéma français a fini par éclipser, dans la mémoire collective, le casque gaulois qui avait pourtant fait bien plus d’entrées.

Depardieu, de son côté, reste l’un des acteurs français les plus primés de l’histoire des César dans la catégorie masculine. Il a été nommé pour le César du meilleur acteur 17 fois durant sa carrière et l’a remporté deux fois, une fois pour Le Dernier Métro et une seconde pour Cyrano. Mais aucune de ces deux statuettes n’est venue couronner ses plus gros triomphes commerciaux : ni Astérix, ni même Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre sorti en 2002, qui reste pourtant à ce jour le plus gros succès de l’acteur avec 14,4 millions d’entrées depuis 2002. Une statuette d’or ne mesure décidément pas la même chose qu’un chiffre au guichet, et l’écart entre les deux logiques n’a jamais été aussi flagrant que dans la filmographie de Gérard Depardieu.

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