Un panneau « silence, on tourne » et une consigne implicite qui vaut de l’or : sur le plateau de Demain nous appartient, mieux vaut ne pas s’improviser comédien si l’on n’a pas été briefé pour ça. Car entre un figurant qui traverse le cadre sans un mot et celui à qui l’on glisse une phrase devant la caméra, l’écart de rémunération peut carrément doubler, voire tripler.
À retenir
- Un figurant muet gagne environ 107€ par jour, mais cette somme peut doubler ou tripler selon le statut
- La fameuse limite des 5 mots : au-delà, on bascule dans une autre catégorie tarifaire et le contrat change
- Un réalisateur peut décider au dernier moment de transformer un figurant en silhouette parlante, changeant drastiquement la paie
Le tarif syndical, la base de tout figurant à Sète
Chaque semaine, des dizaines d’habitants de l’Hérault répondent aux appels à figuration lancés pour le tournage de la série quotidienne de TF1. Demain nous appartient est le feuilleton quotidien incontournable de TF1, diffusé depuis 2017, tourné en continu à Sète, ville côtière méditerranéenne qui sert de cadre permanent à la série. Une badauderie devant un accident, une silhouette dans un café, un client anonyme au Spoon : ce sont ces figurants qui remplissent le décor sans jamais dire un mot.
Concrètement, la rémunération de base tourne autour de la centaine d’euros brut par jour. Lors d’un appel à figuration pour la série, la participation était rémunérée au tarif syndical, ce qui équivaut à 84,50 € brut par jour, une indemnité repas venant s’ajouter à ce montant. Plus largement, les grilles actuelles du secteur situent le salaire figurant de base autour de 110 à 160 € bruts par jour selon la convention collective applicable (cinéma ou audiovisuel), avec quelques dizaines d’euros supplémentaires pour les indemnités repas et transport. Une autre estimation resserre la fourchette : le salaire médian à la journée du figurant est situé entre 105 et 150 euros. Dans tous les cas, ce statut n’a rien d’informel : le figurant a le statut d’intermittent du spectacle, avec une fiche de paie, des cotisations sociales et des droits à l’assurance chômage spécifique aux artistes.
La règle des cinq mots qui change tout
C’est là que le bât blesse, ou plutôt, que le cachet grimpe. La convention collective de la production cinématographique distingue précisément plusieurs catégories d' »acteurs de complément ». D’un côté, le figurant, engagé pour figurer à l’image une présence qui revêt un caractère complémentaire à l’histoire. De l’autre, la silhouette, dont le personnage est mentionné sur la feuille de service. Et puis il y a la catégorie qui fait toute la différence sur la feuille de paie : la silhouette parlante (jusqu’à 5 mots) qui fera l’objet d’un salaire spécifique.
Cinq mots. Pas un de plus. Au-delà, on bascule dans une autre grille tarifaire, celle des rôles avec texte, gérée par les directeurs de casting et les agents. C’est pour cette raison précise que les équipes de tournage rappellent aux figurants de ne surtout pas improviser une réplique devant la caméra : dire un mot de trop, même une simple interjection glissée sans autorisation, peut déclencher une requalification du contrat et, potentiellement, un litige sur la paie.
Les grilles actualisées pour 2026 donnent une idée précise de l’écart. Selon un simulateur basé sur les tarifs syndicaux du secteur, on passe d’un figurant à 107€/j, silhouette parlante 250€/j, artiste-interprète 418€/j. prononcer quelques mots devant la caméra peut multiplier le cachet journalier par plus de deux, et un rôle nommé avec du texte significatif fait plus que quadrupler la mise par rapport à la simple figuration muette. Une silhouette sans texte, elle, se situe déjà à un cran au-dessus du figurant classique : silhouette muette (150 €/j), consignes précises de jeu, sans dialogue.
Un monde à part du salaire des acteurs principaux
Ces montants paraissent modestes comparés à ce que touchent les visages récurrents de la série. Interrogée sur son cachet dans le feuilleton, l’actrice Linda Hardy avait évoqué un montant mensuel confortable : « 10.000 euros par mois, bruts, sans impôts », avait-elle confié, avant de nuancer que c’est une belle somme par rapport à beaucoup de gens, puis c’est une récurrence, c’est le côté agréable d’être dans une série. Un monde qui n’a évidemment rien à voir avec les 84,50 euros bruts d’un figurant anonyme convoqué pour une journée.
Cet écart s’explique par la nature même de la série. Diffusée chaque soir à 19h10 sur TF1 depuis juillet 2017, « Demain Nous Appartient » est le feuilleton phénomène de la première chaîne, ayant franchi le cap des 2000 épisodes en août 2025. Un rythme de production effréné, avec des dizaines de scènes tournées chaque semaine, qui explique pourquoi la production a un besoin quasi permanent de figurants locaux, recrutés gratuitement via des structures régionales, jamais via des annonces payantes. D’ailleurs, l’inscription en figuration reste toujours gratuite, et les fausses annonces « casting DNA » demandant des frais de dossier ou un book payant sont des arnaques récurrentes autour des séries quotidiennes.
Reste une réalité peu glamour du métier : sur une série qui tourne à un rythme aussi soutenu, la frontière entre figurant et silhouette se joue parfois à la dernière minute, sur décision du réalisateur en plein tournage. La convention collective le précise d’ailleurs noir sur blanc : seront également considérés comme silhouettes les figurants choisis comme silhouettes et désignés comme tels par la mise en scène le jour du tournage. Un figurant convoqué pour une simple journée de badauderie peut donc, en théorie, repartir avec un cachet nettement plus élevé que prévu, si la mise en scène décide, sur un coup de tête créatif, de lui confier finalement une ligne de dialogue.