Deux mille huit cents ans d’écart, et pourtant c’est bien Homère qui gagne la course. Le week-end du 17 au 19 juillet 2026, l’adaptation de L’Odyssée par Christopher Nolan a rapporté environ 264 millions de dollars dans le monde en son premier week-end, surpassant les débuts mondiaux des films Batman de Nolan, The Dark Knight Rises (249 millions de dollars en 2012) et The Dark Knight. Le costume de chauve-souris tenait le record depuis quatorze ans. Un poème composé à la fin du VIIIe siècle avant notre ère vient de le lui souffler, porté par des rames, des sirènes et un cyclope plutôt que par une Batmobile.
À retenir
- Un poème vieux de 2 800 ans vient de battre le record de box-office d’un super-héros masqué
- Les files d’attente à 3 heures du matin pour du cinéma IMAX révèlent une obsession inattendue
- Le film pourrait franchir le milliard de dollars sans aucune concurrence sérieuse pendant deux semaines
264 millions de raisons de changer de récit
Le chiffre mérite qu’on s’y arrête. Au box-office international, L’Odyssée a collecté 139,6 millions de dollars dans 73 marchés, pour un total mondial de 264,1 millions. Sur le seul territoire nord-américain, la performance est déjà remarquable en soi : ces ventes de billets représentent le plus gros démarrage de Nolan depuis The Dark Knight Rises en 2012, ainsi que la troisième plus grosse ouverture de l’industrie cette année, derrière Toy Story 5 et The Super Mario Galaxy Movie. Ulysse a fait mieux que Bruce Wayne à l’échelle planétaire, mais pas tout à fait chez lui, aux États-Unis.
Il faut nuancer l’exploit, parce qu’un bon journaliste ne se contente jamais du chiffre qui arrange le titre. Domestiquement, The Odyssey n’occupe que la troisième place des meilleurs démarrages de Nolan, derrière The Dark Knight Rises (160 millions) et The Dark Knight (158 millions), ce qui en fait tout de même son plus gros lancement en dehors de la franchise Batman. Le costume de chauve-souris garde donc une petite avance sur le sol américain. Mais c’est bien à l’international que la bascule s’opère, et c’est là que se joue, aujourd’hui, la vraie bataille du box-office mondial.
Le contexte rend la performance encore plus frappante. C’est une performance remarquable aux États-Unis, car The Odyssey n’est pas seulement l’adaptation d’une épopée grecque vieille de 2 700 ans : le film est en outre affublé du redouté classement R, qui restreint fortement son public. Comparez ça à n’importe quel blockbuster estival calibré pour toute la famille, et l’exploit prend une autre dimension. Un film de trois heures, en grec ancien dans le titre sinon dans les dialogues, interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux États-Unis, qui bat des records mondiaux : voilà qui n’était écrit dans aucun tableau Excel de studio.
L’arme secrète : la pellicule, pas les super-pouvoirs
Si Homère a réussi là où même Bruce Wayne échouait à l’international, il le doit beaucoup à une obsession très contemporaine : la pellicule IMAX. L’Odyssée est notable pour être le premier film entièrement tourné avec des caméras IMAX, un pari technique que Nolan caresse depuis longtemps. L’engouement a précédé la sortie de plusieurs mois. L’attente était telle qu’IMAX a mis en vente des billets pour certaines séances 70 mm un an à l’avance, et pour satisfaire la demande, certains cinémas ont ajouté des séances à minuit et à 3 heures du matin, qui ont fait salle comble. Essayez d’imaginer la queue devant un multiplexe à trois heures du matin pour voir un péplum antique. C’est pourtant arrivé, et pas qu’une fois.
Le format premium a d’ailleurs porté une bonne partie de la recette. Les séances IMAX ont généré 29,6 millions de dollars aux États-Unis et 51,8 millions à l’échelle mondiale, un record absolu pour l’entreprise sur un week-end. En France aussi, le symbole a marqué les esprits : le tout nouveau Pathé Odysseum de Montpellier, premier site français équipé en 70 mm IMAX, a affiché complet pour toutes ses séances. Le péplum n’a pas seulement rempli des salles, il a inauguré des cinémas.
Derrière la prouesse technique, il y a évidemment un budget conséquent et un casting quatre étoiles. Universal a dépensé 250 millions de dollars pour produire le film, et encore 125 millions pour le promouvoir auprès du public mondial, une somme colossale pour un film classé R. Matt Damon incarne Ulysse, entouré de Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Lupita Nyong’o, Zendaya, Charlize Theron, Elliot Page, Jon Bernthal et John Leguizamo. Un tel casting aurait pu tout aussi bien plomber le film sous le poids des egos. Il l’a au contraire porté vers des critiques dithyrambiques, sans qu’aucun acteur ne cannibalise l’ensemble.
Même les critiques suivent le mouvement
Le succès commercial ne serait qu’une anecdote comptable s’il n’était pas accompagné d’un accueil critique solide. Or c’est bien le cas ici. La critique a donné 95 % d’approbation sur le Tomatometer, le meilleur score de la carrière de Nolan, faisant de L’Odyssée le sixième de ses films à dépasser 90 %, aux côtés de Memento, Insomnia, The Dark Knight, Dunkerque et Oppenheimer. Le public suit la même tendance : le film obtient un « A » sur les sondages CinemaScore et 95 % auprès des critiques sur Rotten Tomatoes. Sur les réseaux, on parle même de scènes d’horreur pure autour du cyclope Polyphème et de la transformation des marins en cochons par Circé, au point que certains spectateurs réclament désormais un film d’épouvante signé Nolan. Voilà un mythe vieux comme le monde qui parvient encore à surprendre un public biberonné aux jump scares modernes.
Reste la question qui obsède tous les analystes de box-office : L’Odyssée peut-elle franchir la barre symbolique du milliard de dollars ? Un précédent statistique donne des ailes aux plus optimistes. Jusqu’ici, à chaque fois qu’un film de Nolan avait démarré à plus de 100 millions de dollars, le réalisateur avait franchi le cap du milliard dans le monde en fin de course, une équation vérifiée même par Oppenheimer qui l’a frôlé après un lancement à 82,4 millions, alors que L’Odyssée a déjà parcouru un quart du chemin dès son premier week-end. Le film n’aura d’ailleurs aucune concurrence directe avant l’arrivée de Spider-Man : Brand New Day, prévu le 31 juillet. Deux semaines sans adversaire sérieux, pour un péplum qui carbure déjà à plein régime : difficile d’imaginer meilleur tremplin pour transformer un exploit de week-end en trophée annuel.
Sources : fortune.com | gamereactor.fr