« Tout le monde cite Intouchables » : pourquoi le plus gros succès d’Omar Sy en salles françaises est en réalité un film sorti trois ans plus tôt

Vingt millions de Français ont vu Bienvenue chez les Ch’tis. Dix-neuf millions ont vu Intouchables. Et pourtant, dans toutes les conversations, c’est bien le second qu’on cite spontanément comme le sommet indépassable du box-office français, celui qui a propulsé Omar Sy au rang de star planétaire. Le hic ? Le vrai record du cinéma français, celui qui trône juste derrière Titanic dans l’histoire de la fréquentation en salles, appartient à un film sorti trois ans avant, en 2008, et qui n’a strictement rien à voir avec Omar Sy.

À retenir

  • Un écart d’à peine un million de spectateurs sépare les deux films, mais suffit à changer le classement
  • Le rayonnement international d’Intouchables a éclipsé un record purement français oublié
  • Omar Sy a été effacé du montage d’un carton du box-office avant de devenir une star

Un podium bien plus serré qu’on ne le croit

Reprenons les chiffres, ceux qui comptent, ceux du CNC et des exploitants. C’est l’un des vainqueurs du César du public qui occupe la tête de ce classement, Dany Boon, avec « Bienvenue chez les Ch’tis » et ses 20,4 millions d’entrées, la comédie avec Kad Merad étant le deuxième film le plus vu en France de tous les temps, derrière « Titanic ». Juste derrière, sur la deuxième marche des films purement français, on trouve « Intouchables », le film avec Omar Sy et François Cluzet réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano, avec près de 19,5 millions d’entrées. Un écart d’à peine un million de tickets, mais un écart qui suffit à faire basculer le titre de « plus gros succès du cinéma français » vers un autre film, sorti sur les écrans trois ans plus tôt.

Le classement complet donne le vertige tant les deux œuvres restent proches : « Bienvenue chez les Ch’tis » totalise 20.438.757 entrées, « Intouchables » 19.479.088 entrées, et « La grande vadrouille » ferme le podium avec 17.275.169 entrées. Omar Sy n’a jamais été le visage du film français le plus vu de tous les temps. Il a été, avec une marge infime, celui du numéro deux. Une nuance qui change tout dans la manière de raconter son ascension, puisque le récit populaire a gommé ce détail au fil des années pour ne retenir que le triomphe absolu.

Pourquoi la confusion persiste depuis quinze ans

Si le grand public s’obstine à faire d’Intouchables LE film ultime, c’est que son rayonnement a dépassé les frontières d’une manière que Bienvenue chez les Ch’tis n’a jamais connue. Le film est devenu le film français le plus vu au monde avec 51,5 millions d’entrées au total, et des recettes excédant les 425 millions de dollars, un record qu’il a gardé jusqu’en 2014, année où Lucy l’a fait passer en deuxième position. À l’échelle internationale, la comédie de Dany Boon n’a jamais réellement voyagé, restée un phénomène franco-français, quand celle d’Omar Sy est devenue un objet culturel exporté jusqu’aux États-Unis, avec son remake et son César.

Il y a aussi l’effet de souffle. Le 10 janvier 2012, Intouchables a battu un record en se classant no 1 au box office hebdomadaire français pendant neuf semaines consécutives depuis sa sortie, classement qu’il conservera jusqu’à sa dixième semaine. Neuf semaines en tête, ça marque les esprits bien plus durablement qu’un chiffre final de fréquentation. Ajoutez à cela le César du meilleur acteur décroché par Omar Sy en 2012, une première pour un comédien noir, et vous obtenez un cocktail médiatique qui a fini par éclipser, dans l’imaginaire collectif, la performance pourtant supérieure de la comédie ch’ti.

Le vrai palmarès d’Omar Sy à l’affiche

Ironie du sort : même en tenant compte de cette nuance, Intouchables reste et restera de très loin le plus gros succès personnel d’Omar Sy en salles françaises. Aucun autre film où il tient un rôle principal ou notable ne s’en approche. Sa virée hollywoodienne, souvent présentée comme l’apogée de sa carrière, se traduit en réalité par des scores hexagonaux bien plus modestes : Jurassic World a réuni 5 123 699 entrées cinéma en France, une performance solide, mais qui pèse quatre fois moins que celle d’Intouchables. Et son rôle y restait de toute façon secondaire, Barry, un dresseur de raptors lucide et entraîné, un rôle qui demeure très secondaire même s’il permet d’ancrer un peu plus Omar Sy dans le paysage du cinéma américain.

Un détail savoureux mérite d’être rappelé pour clore le tableau : avant même de devenir une star, Omar Sy avait déjà croisé la route d’un carton du box-office français sans que personne ne s’en aperçoive. Au côté de Fred Testot, il avait joué un petit rôle dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, mais leur apparition entière a été enlevée du film qui a cartonné en salles. l’acteur a littéralement été effacé du montage d’un des plus gros succès de l’histoire du cinéma français, dix ans avant de devenir lui-même synonyme de triomphe populaire.

Ce qui reste frappant, c’est la fragilité des records eux-mêmes. Le classement du box-office français bouge encore aujourd’hui : en 2024, la comédie Un p’tit truc en plus a franchi la barre des 10 millions d’entrées et s’est invitée dans le top 10 historique, preuve que la martingale comique reste, plus que jamais, la martingale française par excellence. De quoi rappeler qu’un « plus gros succès » n’est jamais gravé dans le marbre, et que le podium d’aujourd’hui pourrait bien, dans dix ans, raconter une tout autre histoire.

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