Un droïde doré qui s’appelait Z-6PO. Un contrebandier qui répondait au doux prénom de Yan. Un robot rond baptisé D2-R2 plutôt que R2-D2. Non, ce n’est pas une blague de fan un peu trop nostalgique : c’est bien ce qu’entendaient les spectateurs français en salle en 1977, et ces versions actuelles disponibles sur les plateformes de streaming ont depuis longtemps rectifié le tir.
Le premier doublage français de Star Wars a été confié à Éric Kahane, chargé de l’adaptation des dialogues pour la Société Nouvelle de Doublage, avec une sortie française fixée au 19 octobre 1977 après une avant-première au Festival de Deauville. Ce que peu de spectateurs savent, c’est à quel point ce traducteur a pris de libertés avec les noms originaux, au point de transformer profondément l’identité de certains personnages cultes.
À retenir
- Quel traducteur a osé transformer Han Solo en Yan Solo et pourquoi cette décision semblait logique en 1977 ?
- Comment la synchronisation labiale a-t-elle dicté les noms des droïdes dans le doublage français original ?
- Pourquoi Dark Vador est-il le seul survivant d’un doublage devenu culte malgré ses « erreurs » ?
Yan, Z-6PO et compagnie : le grand chantier des noms détournés
Prenons le cas le plus emblématique. Le célèbre personnage interprété par Harrison Ford, Han Solo, portait dans sa première version française un nom légèrement différent : Yan Solo. Un choix qui paraît étrange aujourd’hui, mais qui répondait à une logique bien précise : sur un forum de fans, un internaute expliquait que dire « Han Solo » ne posait pas de problème en soi, mais qu’en pleine action crier « HAN » sonnait bien moins bien que « Yan ».
C-3PO n’a pas été épargné non plus. Le plus célèbre interprète de la franchise, C3-PO, ne portait pas le nom que l’on connaît tous : en 1977, celui qui maîtrise des millions de langues s’appelait Z-6PO. La raison ? Une histoire de synchronisation labiale. Pour le doublage en français, le choix a été fait de le changer en Z-6PO car les mouvements de lèvres pour « 3PO » en français et en anglais n’étaient pas les mêmes. Même logique pour son acolyte rond : le droïde préféré de Luke Skywalker arborait lui aussi un autre nom, R2-D2 s’appelant à l’origine D2-R2.
Le reste de l’univers n’a pas été traité avec plus d’égards. Le vaisseau Millennium Falcon devenait le Millénium Condor, la Death Star devenait l’Étoile noire, la planète Alderaan devenait Aldorande et les Clone Wars devenaient la Guerre noire. Chewbacca lui-même n’échappait pas à la francisation, rebaptisé au passage dans certaines sources « Chiktabba », dans une démarche plus large de francisation des noms propres de la saga. De quoi donner le vertige à quiconque redécouvre aujourd’hui cette version d’origine, tant elle semble éloignée du folklore Star Wars tel qu’on le connaît depuis les années 1980.
Pourquoi les rééditions ont fait le ménage, sauf sur trois exceptions
La bonne nouvelle, pour les puristes, c’est que cette avalanche de noms francisés n’a pas résisté longtemps. Dès les épisodes suivants de la trilogie originale, une bonne partie du travail de Kahane a été abandonnée. Dans les épisodes V et VI, seuls Z-6PO, Yan Solo et Dark Vador conservent leur nom traduit en français. Le Faucon Millenium a retrouvé son nom, la Death Star est redevenue l’Étoile de la Mort, et R2-D2 a cessé d’être appelé à l’envers.
Le nettoyage s’est poursuivi avec l’arrivée de la prélogie à la fin des années 1990 et au début des années 2000. C’est à ce moment-là que Z-6PO redevient officiellement C-3PO, et que Yan Solo… disparaît tout simplement, le personnage n’apparaissant pas dans ces épisodes. Un forumeur se souvient encore du choc que cela a représenté : en entendant les personnages parler de 3PO au lieu de 6-PO, il a eu l’impression qu’ils parlaient de quelqu’un d’autre que ce droïde doré connu depuis des décennies. Aujourd’hui, sur les versions actuelles disponibles en streaming ou en Blu-ray, c’est bien cette nomenclature corrigée qui prévaut du premier au dernier épisode : Han Solo, R2-D2, C-3PO, le Faucon Millenium.
Il existe toutefois une curiosité méconnue : sur Disney+, une entrée distincte intitulée La Guerre des étoiles conserve volontairement le doublage français d’origine de 1977, séparée du reste pour préserver la localisation du texte défilant en ouverture. Une manière pour la plateforme de traiter cette VF historique presque comme une pièce de musée, accessible pour les curieux sans polluer la continuité du reste de la saga.
Dark Vador, le seul rescapé de toutes les purges
Un nom, pourtant, a traversé cinquante ans de rééditions, de restaurations et de changements de studio sans jamais bouger : Dark Vador. C’est Éric Kahane, traducteur responsable du doublage français du premier film, qui fait en 1977 le choix de transformer Darth Vader en Dark Vador. La raison tenait avant tout à la phonétique : le « th » de « Darth » n’existant pas en français, l’adaptation vers « Dark » permettait une prononciation plus naturelle tout en gardant l’aspect menaçant du personnage.
Contrairement à Yan Solo ou Z-6PO, ce choix n’a jamais été corrigé, ni dans la prélogie, ni dans la trilogie séquelle produite par Disney après 2015. Revenir à « Darth Vader » en France aurait créé une dissonance auprès de plusieurs générations de fans, poussant Disney et Lucasfilm à préserver ce marqueur culturel français tout en harmonisant d’autres éléments de la traduction. Sur ce point précis, l’erreur de traduction est devenue une identité à part entière, presque intouchable.
Ce qui rend l’histoire encore plus savoureuse, c’est que la France fait figure d’exception persistante en Europe. D’après plusieurs sources de fans, l’Allemagne et l’Espagne, confrontées au même type d’erreurs de traduction à l’époque, ont corrigé leurs doublages dès la sortie de la nouvelle trilogie, contrairement à la France. Un demi-siècle après, Dark Vador reste donc le dernier vestige assumé d’un doublage bâclé dans l’urgence, sur un film dont personne, en 1977, n’avait anticipé qu’il deviendrait l’un des plus grands phénomènes de l’histoire du cinéma.
Sources : mastertsmlille.wordpress.com | dailygeekshow.com